Dangers en haute mer : menaces sur les océans


par Brigitte Adès - Lundi 27 Juin 2011

Des fléaux conjugués qui accélèrent la détérioration
Pêche intensive, polluants, invasion des algues, acidification et réchauffement des eaux en raison de la forte teneur de l’atmosphère en CO2, n’apparaissent plus comme des fléaux parallèles et cloisonnés. Les scientifiques viennent de découvrir qu’ils agissent en synergie dans le processus de détérioration océanique. Ils concluent que ces effets combinés produisent des phénomènes nouveaux qu’ils ne s’attendaient pas à constater avant une centaine d’années. "Le rythme du changement excède largement les prévisions des années précédentes" selon Ove Hoegh-Guldberg, spécialiste du corail, à l’université du Queensland en Australie.
Des signes annonciateurs qui ne sont pas sans rappeler l’extinction massive des espèces
L’alerte est désormais lancée : le rapport montre une importante modification du cycle carbonique, de raréfaction de l’oxygène et d’une acidification de l’eau de mer à un taux désormais inacceptable. Le phénomène est d’autant plus grave que, toujours selon ce rapport, présenté à l’ONU la semaine passée, la quantité de CO2 absorbée actuellement par les océans est déjà largement plus important que celle constatée lors de la grande extinction des espèces marines, il y a 55,8 millions d’années (pendant l’ère géologique Paléocène-Eocène, où les températures mondiales ont augmenté d'environ 6°C en 20 000 ans)

Les particules de plastique, grandes responsables de la pollution des mers
« Ces découvertes sont choquantes » explique Alex Rogers, scientifique de l’IPSO et professeur de biologie de l’université d’Oxford. Ces travaux montrent notamment que les océans sont tapissés de petites particules de plastiques, résines, cosmétiques ou encore des objets de la vie courante, qui assurent la migration des algues vers d’autres courants, augmentant ainsi le risque de  formation de bouquets d’algues marines toxiques.
Plus grave encore, quand ces particules de plastique n’attirent pas les algues, elles concentrent comme des éponges les polluants les plus dangereux, comme les POP (Polluants Organiques Persistants). Les poissons ou les oiseaux marins (goélands, mouettes etc.) qui les ingèrent, les introduisent dans la chaine alimentaire.

Les recommandations de l’IPSO
L’IPSO préconise de stopper immédiatement les pêches intensives, notamment celles qui sont pratiquées au grand large où il existe peu de régulation efficace. Les chalutiers raclant le fond des océans, détruisent tous les habitats sur leur passage et provoquent un gâchis intolérable : 90 % de leur pêche est rejetée dans la mer. L’IPSO demande également un sérieux infléchissement des émissions de gaz à effet de serre et une réduction des constituants polluants rejetés par l’humain (notamment l’azote) qui favorise la création d’algues invasives sur les littoraux (les contaminations chimiques se propagent des bassins urbains jusqu’aux nappes souterraines). Si ces mesures ne devaient pas être entreprises dans un délai raisonnable, le professeur Hoegh-Guldberg craint « une acidification progressive des eaux  et des vagues massives de chaleur qui dévasteront forêts de varechs, coraux et autres richesses des océans. Le niveau de dioxyde de carbone est tellement élevé, explique-t-il à la BBC, qu’il faut chercher urgemment des moyens pour rejeter le gaz hors de l’atmosphère. Il faut aussi en moins de 20 ans, réduire à zéro le niveau d’émissions de CO2. »

Mais une question fondamentale demeure: comment adapter les recommandations des scientifiques aux réalités des besoins humains ?
Pour que ces recommandations à long terme de l’IPSO aient un jour une chance d’aboutir, il faut, dès à présent, penser à changer graduellement les comportements humains. Parvenir à un degré zéro d’émission de CO2 en 20 ans, comme le préconise le Professeur Hoegh-Guldberg, apparaît un objectif inatteignable. En revanche atténuer les effets de nos sociétés industrielles et de nos systèmes de consommation sur la vie océanique est possible. C’est un objectif important que décrit la Présidente de l’Institut Océanographique Paul Ricard : "Ce sont toutes nos productions industrielles et agricoles qui, par le biais de l'eau, polluent nos océans" Afin d’inverser le processus de détérioration,  notmment l'acidification qui provient du CO2 dans l'atmosphere, Patricia Ricard préconise des solutions soutenues sur plusieurs générations, afin de donner du temps à la nature pour réagir au changement.  Elle recommande d’encourager tous les secteurs économiques à adopter des modes de production plus vertueux, par l’instauration d’une fiscalité incitative.(produire une agriculture biologiquement productive, choisir de conserver les semences au lieu de replanter chaque année, et développer des connaissances dans l’accroissement intensif de la biodiversité.)

Les solutions ne manquent pas, même au niveau individuel
Patricia Ricard rappelle que ce sont les polluants de nos modes de production et de consommation qui mettent les océans en danger et conseille à chacun de privilégier les plantations d’espèces endémiques et vivaces. Elle suggère aussi d’éviter de recourir à des solutions spécieuses et peu efficaces comme les panneaux solaires : ces solutions photovoltaïques sont énergivores dans leur fabrication et ont des composants en voie d’épuisement, qui font partie de ce que l’on appelle les « terres rares ». Elle conclut par ces mots qu’elle affectionne tout particulièrement: «Il faut garder les pieds sur terre pour sauver la mer ».
  

par Brigitte Adès

 
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Des fléaux conjugués qui accélèrent la détérioration

 

Pêche intensive, polluants, invasion des algues, acidification et réchauffement des eaux en raison de la forte teneur de l’atmosphère en CO2, n’apparaissent plus comme des fléaux parallèles et cloisonnés. Les scientifiques viennent de découvrir qu’ils agissent en synergie dans le processus de détérioration océanique. Ils concluent que ces effets combinés produisent des phénomènes nouveaux qu’ils ne s’attendaient pas à constater avant une centaine d’années. « Le rythme du changement excède largement les prévisions des années précédentes » selon Ove Hoegh-Guldberg, spécialiste du corail, à l’université du Queensland en Australie.

 

Des signes annonciateurs qui ne sont pas sans rappeler l’extinction massive des espèces

 

L’alerte est désormais lancée : le rapport montre une importante modification du cycle carbonique, de raréfaction de l’oxygène et d’une acidification de l’eau de mer à un taux désormais inacceptable. Le phénomène est d’autant plus grave que, toujours selon ce rapport, présenté à l’ONU la semaine passée, la quantité de CO2 absorbée actuellement par les océans est déjà largement plus important que celle constatée lors de la grande extinction des espèces marines, il y a 55,8 millions d’années (pendant l’ère géologique Paléocène-Eocène, où les températures mondiales ont augmenté d'environ 6°C en 20 000 ans)

 

Les particules de plastique, grandes responsables de la pollution des mers

 

« Ces découvertes sont choquantes » explique Alex Rogers, scientifique de l’IPSO et professeur de biologie de l’université d’Oxford. Ces travaux montrent notamment que les océans sont tapissés de petites particules de plastiques, résines, cosmétiques ou encore des objets de la vie courante, qui assurent la migration des algues vers d’autres courants, augmentant ainsi le risque de  formation de bouquets d’algues marines toxiques ».

Plus grave encore, quand ces particules de plastique n’attirent pas les algues, elles concentrent comme des éponges les polluants les plus dangereux, comme les POP (Polluants Organiques Persistants). Les poissons ou les oiseaux marins (goélands, mouettes etc.) qui les ingèrent, les introduisent dans la chaine alimentaire.

 

Les recommandations de l’IPSO

 

L’IPSO préconise de stopper immédiatement les pêches intensives, notamment celles qui sont pratiquées au grand large où il existe peu de régulation efficace. Les chalutiers raclant le fond des océans, détruisent tous les habitats sur leur passage et provoquent un gâchis intolérable : 90 % de leur pêche est rejetée dans la mer. L’IPSO demande également un sérieux infléchissement des émissions de gaz à effet de serre et une réduction des constituants polluants rejetés par l’humain (notamment l’azote) qui favorise la création d’algues invasives sur les littoraux (les contaminations chimiques se propagent des bassins urbains jusqu’aux nappes souterraines). Si ces mesures ne devaient pas être entreprises dans un délai raisonnable, le professeur Hoegh-Guldberg craint « une acidification progressive des eaux  et des vagues massives de chaleur qui dévasteront forêts de varechs, coraux et autres richesses des océans. Le niveau de dioxyde de carbone est tellement élevé, explique-t-il à la BBC, qu’il faut chercher urgemment des moyens pour rejeter le gaz hors de l’atmosphère. Il faut aussi en moins de 20 ans, réduire à zéro le niveau d’émissions de CO2. »

 

Mais une question fondamentale demeure: comment adapter les recommandations des scientifiques aux réalités des besoins humains ?

 

Pour que ces recommandations à long terme de l’IPSO aient un jour une chance d’aboutir, il faut, dès à présent, penser à changer graduellement les comportements humains. Parvenir à un degré zéro d’émission de CO2 en 20 ans, comme le préconise le Professeur Hoegh-Guldberg, apparaît un objectif inatteignable. En revanche atténuer les effets de nos sociétés industrielles et de nos systèmes de consommation sur la vie océanique est possible. C’est un objectif important que décrit la Présidente de l’Institut Océanographique Paul Ricard : « Ce sont toutes nos productions industrielles et agricoles qui, par le biais de l'eau, polluent nos océans ». Afin d’inverser le processus de détérioration,  notamment l'acidification qui provient du CO2 dans l'atmosphère, Patricia Ricard préconise des solutions soutenues sur plusieurs générations, afin de donner du temps à la nature pour réagir au changement. Elle recommande d’encourager tous les secteurs économiques à adopter des modes de production plus vertueux, par l’instauration d’une fiscalité incitative (produire une agriculture biologiquement productive, choisir de conserver les semences au lieu de replanter chaque année, et développer des connaissances dans l’accroissement intensif de la biodiversité.)

 

Les solutions ne manquent pas, même au niveau individuel

 

Patricia Ricard rappelle que ce sont les polluants de nos modes de production et de consommation qui mettent les océans en danger et conseille à chacun de privilégier les plantations d’espèces endémiques et vivaces. Elle suggère aussi d’éviter de recourir à des solutions spécieuses et peu efficaces comme les panneaux solaires : ces solutions photovoltaïques sont énergivores dans leur fabrication et ont des composants en voie d’épuisement, qui font partie de ce que l’on appelle les « terres rares ». Elle conclut par ces mots qu’elle affectionne tout particulièrement: «Il faut garder les pieds sur terre pour sauver la mer ».

  

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