L'élection qui compte cette année pour nos industries, n'aura pas lieu en France ni aux Etats-Unis, mais en Chine à l'automne


par Brigitte Adès - Samedi 17 Mars 2012

Une bataille se déroule en secret, au sein du Parti communiste chinois, depuis des années, entre deux factions, deux philosophies, deux idéologies. D’un côté, les partisans d’exportations fortes, du développement d’entreprises privées chinoises en vue d'augmenter la main-mise chinoise sur les marchés externes, sous la houlette de Xi Jinping, successeur pressenti à la Présidence de la Chine. De l’autre, les ardents défenseurs d’une économie dirigiste qui souhaitent réorienter l’économie chinoise vers l’intérieur du pays, favoriser la production en vue d’une consommation interne et augmenter le niveau de vie

Or cette semaine, nous sommes désormais certains que la politique plus libérale des réformateurs économiques, se concrétise après l’éviction du pouvoir d’une des figures politiques de cette faction plus traditionnelle et dirigiste, le très en vue, Bo Xilai qui pouvait lui-aussi prétendre aux plus hautes fonctions. Très aimé des milieux d’affaires internationaux pour son charme. Bo était aussi très populaire au sein du Pays : Sa campagne contre les gangs criminels et la mafia notamment à Chongqing,  mégalopole sur laquelle il régnait en tant que Chef du Parti communiste , en avait fait un héros national.

Bo avait cependant des adversaires qui détestaient son côté dirigiste et sa nostalgie pour les chansons de l’armée rouge. Dans un discours du 15 Mars dernier, le Premier Ministre, Wen Jiabao l’avait directement critiqué et déclaré que, sans des reformes politiques, une tragédie comme la révolution culturelle pourrait se reproduire. Les autorités politiques ont pris pour prétexte la tentative de défection du bras droit de Bo Xilai, chef de police de Chongqing, qui a tenté de se réfugier dans un Consulat Américain, après un désaccord entre les deux hommes. Bo Xilai démis de ses fonctions, est désormais probablement cantonné à résidence pour l’empêcher de sortir du pays.

Cette purge est la première de cette importance depuis deux décennies. Depuis Tiananmen square, les dirigeants chinois se sont attachés à présenter au Monde un front commun et à cacher les  dissensions au sein du parti. L’éviction de Bo Xilai montre  à quel point le Parti communiste chinois est divisé en factions rivales à huit mois du remplacement, à l’automne, de sept membres sur neuf du Comité du Parti Communiste, auquel appartenaient le Président Hu et le Premier Ministre Wen. Tous deux  ne se représenteront pas.

Selon un expert du Brookings Institute, Cheng Li, Bo est la figure politique la  plus importante à être évincée depuis Zhao Ziyang en 1989. » Cependant son remplacement par un membre de la même faction, Zhang Dejang, un économiste, qui a étudié en Corée du Nord, montre que l’équilibre entre les deux tendances n’a pas totalement été rompu.

Cette purge est un rappel de la complexité du système politique chinois.  Le comité central du Parti n’est pas la machine bien huilée que l’on pense alors qu’une transition générationnelle est en cours. Et la liste des sept nouveaux membres d’un politburo, rajeuni, dont Bo Xilai devait faire partie, ne sera décidée en  concertation qu’à la fin de l’été. Autant dire que La bataille est loin d’être terminée.

Les Occidentaux devront attendre le développement d'un marché interne plus porteur et l'accession des Chinois à la consommation de masse avant d'espérer pouvoir réellement y prendre part. Cette évolution, souhaitable non seulement pour nos industries occidentales, mais aussi pour le développement interne de la Chine, sera le fait d’un dirigeant plus tourné vers le bien-être de son peuple, que ne semble le prochain leader Chinois, Xi Jinping.  Bo Xilai aurait pu être cet homme-là.

par Brigitte Adès

 
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