L'auto édition : la fin du tabou


par Brigitte Adès - Mardi 12 Novembre 2013

Une révolution, un tsunami pour les éditeurs, telles ont été les conclusions d’un colloque sur l’auto-édition en ligne organisé sur le campus d’Imperial College, London, par la célèbre maison d’édition, Bloomsbury (1). Pour la première fois, la publication à compte d’auteur est plébiscitée même par les maisons ultra-traditionnelles. Certaines ont même créé parallèlement des sites pour publier soi-même son manuscrit : Bloomsbury avec writersandartists.co.uk, un site dédié aux auteurs avec une plateforme pour l’auto publication et  HarperCollins avec authonomy.com.

 


Une très grande majorité d’auteurs satisfaits

 

Comme le fait remarquer Doctor Alison Baverstock, ancienne éditrice, enseignante à l’Université de Kingston, La plupart des auteurs sont déçus par l’aventure éditoriale classique. Non seulement ils ne touchent que dix pour cent des ventes, mais ils ne peuvent choisir ni le titre ni la couverture de leur livre.  De plus, les efforts de marketing qui leur sont promis à la signature sont souvent poussifs et peu efficaces, sauf pour les noms déjà reconnus. Avec la publication en ligne, annonce-t-elle,  soixante-dix pour cent des auteurs s’avèrent très satisfaits et ressentent un sentiment d’accomplissement.

 « Je ne vois plus la valeur ajoutée de l’édition traditionnelle commente une romancière dans l’assistance qui en est a son troisième roman en ligne. « D’ailleurs, ajoute-t-elle, Charles Dickens, Marc Twain, et Jane Austen n’ont-ils pas tous publié à compte d’auteur ? 

 

Succes stories

 

 « Le jour où j’ai mis mon roman en ligne, raconte Mel Sherratt, ma vie a changé. Je venais de passer cinq ans à essuyer rejet sur rejet auprès des éditeurs. » Sur Amazon, son roman est rapidement monté dans les charts et a atteint en quelques semaines la place de No 1 dans sa catégorie. Meg gagne enfin sa vie de sa plume, elle est libre de tout contrôler avant et après la publication puisqu’elle peut faire varier le prix de son ouvrage, de modifier et améliorer son manuscrit en ligne.

Même expérience réussie pour Tracy Bloom, dont le roman caracole dans les premières places sur Amazon depuis plusieurs mois et qui décrit précisément son travail auprès des bloggeurs pour faire connaitre son livre. Car que l’on ne s’y trompe pas, explique-t-elle, le succès vient à la fois d’un travail soigné sur le manuscrit et de la promotion personnelle du livre, contact avec les bloggeurs et autres.


Publication en ligne : mode d’emploi

 

Pour la mise en page et en ligne du texte, tous les auteurs présents recommandent les logiciels gratuits, Create space ou Kindle Direct Publishing . Ils mettent en garde les débutants contre la tentation de publier avant que l’ouvrage ne soit parfait. « Vos textes doivent être retravaillés et impeccable dans le style et la présentation » martèlent les intervenants.  Comme dans l’édition traditionnelle, on n’insistera jamais assez sur l’importance de la qualité du produit. Pour cela, les conseils d’un éditeur sur le texte, et d’un graphiste pour la couverture de l’ouvrage ne sont pas superflus.  59% des auteurs en ligne ont eu recours à un éditeur ; et 21 % ont fait appel à un graphiste pour la couverture qui doit être remarquable même au format d’un timbre poste. Enfin 26 % ont utilisé un service marketing pour promouvoir l’ouvrage (2). En moyenne les auteurs dépensent 1800 euros* (2) pour chaque ouvrage mais ce n’est pas obligatoire. On peut aussi publier en ligne gratuitement

 « Cependant, il y a 30 000 livres qui paraissent chaque semaine, explique Gareth Howard, spécialiste du marketing chez Authoright pour que le vôtre se remarque, il faut une bonne couverture et un bonne campagne de promotion, qui touche à la fois les media traditionnels et les bloggeurs et les réseaux sociaux. Tracy Bloom a elle-même identifié les bons bloggeurs pour sa campagne en ligne. C’est elle qui les a contactés et convaincus de parler de son ouvrage, mais ce n’est pas la norme. Il est rare que les critiques littéraires et les bloggeurs reçoivent favorablement les appels des auteurs eux-mêmes. 


Attention aux faux bons conseillers en ligne

 

Et de mettre en garde les auteurs naïfs contre la cohorte de conseillers en publication que la nouvelle industrie en ligne est en train de voir naître. Assurez-vous de faire appel à des gens réputés, idéalement qui ont travaillé dans l’édition traditionnelle, recommande Jon Fine chez Amazon.  « L’essentiel est de bien allouer son budge;  il faut dépenser le bon montant pour le bon service, reprend Gareth Howard. Il m’arrive de recevoir des auteurs qui ont déjà beaucoup trop dépensé pour l’édition ou la mise en page et qui n’ont plus de fonds pour la couverture ou la campagne marketing. Et c’est vraiment dommage, ce sont des postes dont dépend le succès de l’ouvrage. »

Puis, coup de tonnerre : Nos deux stars du jour admettent qu’elles s’apprêtent à signer avec des maisons d’éditions traditionnelles

 « Il s’agit de penser autrement, expliquent-elles.  Il n’y a plus publications traditionnelle d’un côté et en ligne à compte d’auteur de l’autre. C’est toute l’industrie qui est en train de changer ». 

Il est de plus en plus courant de publier tout d’abord en ligne puis de passer à un contrat traditionnel dans un deuxième temps. Cela laisse le temps à l’auteur d’engranger la plupart des revenus, si revenus il y a, et cela permet aussi au livre de tenter une percée dans les libraires traditionnels et d’avoir une seconde vie : « Auparavant, les éditeurs prenaient tous les risques en publiant un nouvel auteur mais ils gardaient aussi 90 % des recettes. Ces pratiques continuent. De plus en plus, les auteurs assument les risques financiers en s'auto publiant, et après avoir prouvé qu'il existe un marché pour leur livre, ils reçoivent souvent une offre d'un éditeur.  En d'autres termes, l'auto publication est un incubateur pour le marché traditionnel » explique Gareth Howard.  Et de rappeler que le roman « 50 nuances de Grey », grand succès de 2012, a lui-aussi commencé en ligne avant de trouver preneur chez un éditeur.

par Brigitte Adès

 
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