Mort de Ben Laden. Le double jeu du Pakistan


par Brigitte Adès - Dimanche 14 Avril 2013

Pourquoi ne présente-t-on pas comme héros le docteur Shakeel Afridi, médecin pakistanais dont les informations ont été décisives pour la capture de Ben Laden, le 2 mai 2011 ? Pourquoi la communauté internationale ne s’insurge-t–elle pas plus violemment contre la peine de  33 ans de prison qui vient de tomber contre lui ?

Cette sentence injuste n’est-elle pas la preuve que certaines factions pakistanaises ne souhaitaient pas que Ben Laden soit pris ? Pourquoi ne met-on pas le Pakistan devant ses responsabilités ?

 

Le double jeu du Pakistan


Certes le docteur Afridi a été arrêté par les services de renseignements pakistanais et jugé dans la zone semi autonome de Khyber dont il est originaire, au Nord-ouest du Pakistan. Ce chirurgien est accusé d’avoir mené une fausse campagne de vaccination afin de prélever l’ADN des enfants de Ben Laden et d’avoir fourni ces renseignements à la CIA. Mais n’était-ce pas le moyen le plus sur d’authentifier la résidence du leader d’Al Qaïda sur le territoire Pakistanais ?  Ne rendait il pas ainsi service tout d’abord à son pays ?

Même si le gouvernement d’Ali Zardari  peine à contrôler certaines régions du Pakistan, notamment celles où le Docteur Afridi a été jugé, il est clair que le pays entier ne semble pas s’émouvoir de cette condamnation.

 

Des relations américano-pakistanaises dégradées

 

Les Américains ont certainement commis des maladresses dans cette affaire : certains disent même que ce sont eux qui ont révélé au grand jour l’identité du docteur. D’autres parmi les officiels américains le réfutent invoquant le fait que les services secrets ne donnent jamais l’identité de leurs agents. Pourtant le docteur n’était pas, à proprement parler, un de leurs agents.

Pourquoi les Américains n’ont-ils pas exfiltré cet homme ? Probablement parce qu’ils ne réalisaient pas à quel point celui-ci serait en danger et qu’ils ignoraient que les Pakistanais chercheraient à protéger Ben Laden.  Comme à leur habitude, les Américains ne se rendaient pas compte qu’ils étaient détestés à tous les échelons de la société pakistanaise.

 

La condamnation du docteur Afridi vient pourtant après la fermeture par le Pakistan, il y a six mois, de toutes les routes d’approvisionnement pour l’OTAN vers l’Afghanistan. Et ceci en représailles des frappes américaines qui ont tué vingt-quatre soldats pakistanais en janvier dernier. C’était une bavure selon les Américains, qui ont tout de même refusé de s’excuser. Une action volontaire selon les militaires pakistanais, visiblement de mauvaise foi.

Bonne mesure, toutefois : Hillary Clinton vient d'annoncer que les Etats-Unis retireraient 33 millions de l’aide militaire qu'ils fournissent au Pakistan, si le docteur Afridi n'est pas libéré. 

 

L’idéalisme du chirurgien

 

Le Docteur Afridi n’aurait il pas du négocier son « départ » avant de livrer ses renseignements ou bien croyait-il naïvement qu’il serait félicité dans son pays ? Cet homme courageux et intègre n’avait vraisemblablement  jamais pensé qu’il serait ainsi mis au ban de son pays et, pire, condamné à la prison à vie. Il songeait surtout à débarrasser son pays d’un dangereux terroriste qui y élevait ses enfants, y dirigeait Al Qaïda. Il pensait à tort qu’en faisant le bien, il serait traité en sauveur…

 

Les erreurs de l’Occident

 

La faute que commet l’Occident en laissant ainsi tomber cet homme courageux, c’est de ne pas créer d'émulation et inciter d’autres citoyens à contribuer à mettre leur pays à l’abri des terroristes, du fanatisme et de la corruption. Au lieu de les encourager  à lutter activement contre ces dérives, on les incite à se terrer, à assister passivement à la ruine de leur pays et à abandonner les valeurs de justice et de démocratie qu’ils souhaitent incarner.

L’exemple de cet homme si courageux restera isolé dans ces régions, si l’on traite ainsi les hommes qui, agissant avec leur conscience, se placent du coté de toutes les victimes innocentes, même si elles sont Downtown New-York, un matin de Septembre 2001, à des milliers de kilomètres de leur vie.

par Brigitte Adès

 
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