Présidence de la France au G20 : de la nécessité de convaincre


par Brigitte Adès - Mardi 16 Novembre 2010

La France en prenant la présidence du G20 souhaite promouvoir la stabilité du système monétaire international, en coordonnant les taux de change. Pour ce faire, elle est aussi en droit d’espérer une plus forte coopération de l’Union Européenne et des Etats Unis, lorsqu’elle tente d’inciter la Chine à participer à cet effort.

Chacun sait que la Chine, qui sous-évalue délibérément le Yuan afin de booster ses exportations, est en effet le pays qu’il faut convaincre. C'est cette politique de développement économique fondée sur l'export, qui a des effets néfastes sur les économies occidentales,  dont les plus graves sont le surendettement et le chômage.   

 

Or, les critiques publiques de la Commission européenne concernant le taux de la monnaie chinoise, les déclarations régulières du Trésor américain, demandant à la Chine de réévaluer sa monnaie. Plus récemment, la proposition du Secrétaire du trésor américain, Tim Geithner, de ne pas dépasser un taux général de 4 % du PIB, tant comme déficit que comme excédent, ont été faites publiquement sans fournir aux décideurs chinois des raisons suffisantes pour les convaincre de dévier de leur stratégie de développement économique, même s’ils n’étaient soudain plus les seuls à être pointés du doigt. 

 

Le dialogue entre la France et la Chine 

 

En revanche, l’initiative du gouvernement Sarkozy de commencer un dialogue privé avec la Chine en amont de la présidence du G20 avec l’objectif d’atteindre un consensus parallèlement aux négociations officielles, entrait dans une certaine logique qui tenait compte des susceptibilités chinoises. Si ces approches n’ont pas encore été suivies d’effet concret, le gouvernement n’a pas l’intention d’abandonner ses efforts : « Nous n’avons pas une seule plateforme mondiale où nous pouvons résoudre les questions monétaires internationales » déclarait le Président français lors de la réunion Asie-Europe, début octobre. Chacun fait ce qu’il veut chacun de son côté et essaie de préserver sa souveraineté. 

 

Le G20, à Séoul, où l’on a beaucoup parlé de gouvernance mondiale et évoqué le renforcement du Fond Monétaire International (FMI), aussi bien dans ses responsabilités observatoires que dans sa légitimité, a partiellement répondu à cet objectif. Mais le FMI n’est pas équipé de pouvoirs réels et coercitifs obligeant ses membres à changer leurs politiques économiques.

La France ne propose pas de fixer les taux mais elle souhaite ouvrir le débat, désireuse d’empêcher une guerre des monnaies. Personne ni aucun pays n’a intérêt à voir ressurgir la politique d’appauvrissement de son voisin qui a prévalu pendant la grande dépression de 1930 et au cours de laquelle on  assista à une course à la baisse des taux monétaires, un glissement dangereux vers une politique que les anglo-saxons ont nommée, à l’époque « Beggar thy neighbour ». 

 

L’Europe serait la grande perdante du maintien du status quo

 

Or, depuis la crise de 2007, on observe que les politiques financières adoptées dans chaque pays sont en réalité des mesures pour protéger la santé du secteur financier local plutôt que l’adoption d’un ordre mondial qui éviterait d’autres crises. C’est d’autant plus vrai que nous risquons de rechuter dans une nouvelle crise financière si les Etats ne peuvent sortir de leur crise liée à leur niveau d’endettement.

 

C'est à la présidence française du G20 qu’il incombe de ne pas laisser ses membres, en particulier la Chine et les Etats Unis, s’installer complaisamment dans le statut quo et faire traîner cette situation inconfortable aux dépens de l’Europe et de l’Euro. C’est dans cette optique que la France continuera d’œuvrer pour obtenir des progrès. L’agenda court et les prochaines réunions se tiendront à Paris, le 18 et 19 février 2011, afin de poursuivre les efforts. C’est surtout une crise de confiance majeure - qui toucherait l'Europe plus qu’ailleurs - qui se profile si les leaders politiques ne montrent pas une cohésion réelle et une meilleure compréhension des solutions susceptibles de corriger les déséquilibres structurels de l’économie mondiale. Responsabiliser la Chine est une tâche difficile mais prioritaire. Le G20 réussira-t-il sous la présidence française là où les autres politiques ont échoué ? Cela dépend entièrement de la réponse de la Chine qui jusque là a été mitigée, même après les récentes propositions américaines : « Ne mettez pas la pression sur le taux du renminbi, cela déclencheraient des agitations sociales en Chine » a prévenu le leader Chinois Hu Jintao à Bruxelles, le 7 octobre dernier 2010. Et il n’a jusqu'à présent accepté qu’une très légère hausse du renminbi. Ce n’est pas suffisant lorsque l’on sait que certains experts parlent de la nécessité d’une réévaluation de 40 %. Mais tous les espoirs de voir changer la Chine ne sont pas vains. Après vingt ans de croissance débridée, il est clair que l’intérêt des chinois est de commencer à privilégier la consommation intérieure. Avec un revenu par habitant d’un dix-huitième de celui de la population américaine et 200 millions d’habitants vivant en dessous du seuil de pauvreté. Un comble pour un pays qui se revendique communiste. La Chine pourrait réviser ses orientations en cherchant à réduire l’écart grandissant entre riches et pauvres. La solution passe sans doute par un changement d’orientation en faveur d’une stimulation de la consommation intérieure au détriment des exportations. On peut aussi espérer que le Congrès National Chinois qui s’est tenu le mois dernier, donnera cette impulsion nécessaire au marché intérieur ainsi que des orientations claires sur la politique monétaire des prochaines années. Une telle évolution serait enfin favorable aux économies occidentales qui pourraient trouver dans

le marché intérieur chinois, un terrain d’exportation qui boosterait leur croissance et leur économie.

par Brigitte Adès

 
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