article de Brigitte Panah-Izadi et Jean Dubois
L’illusion militaire
« On peut tout faire avec des baïonnettes… sauf s’asseoir dessus », rappelait Talleyrand. La formule reste d’une actualité frappante : croire que la supériorité militaire permet de résoudre tous les conflits est une illusion persistante.
Comme l’avait démontré Carl von Clausewitz, la guerre n’a de sens qu’inscrite dans une stratégie politique cohérente. Sans cela, la puissance devient inefficace, voire contre-productive.
Ormuz, ou la victoire du faible
Dans le détroit d’Ormuz, l’Iran applique une logique simple : rendre le coût de l’action insupportable pour son adversaire.
Drones, vedettes rapides, missiles : des moyens limités suffisent à créer un risque que ni les armateurs ni les assureurs ne peuvent accepter. Le détroit n’est pas fermé — mais il devient inutilisable.
Une escalade stérile
La démonstration de force américaine échoue à inverser la dynamique. Chaque frappe appelle une riposte. Les infrastructures sont touchées, les tensions montent, et les effets économiques se diffusent à l’échelle mondiale.
Paradoxalement, cette situation sert Téhéran : le chaos affaiblit ses adversaires plus qu’il ne le fragilise.
L’impasse stratégique
Une intervention militaire directe ne réglerait rien. Les capacités de nuisance iraniennes suffiraient à maintenir une insécurité permanente.
Le conflit s’étend même au détroit de Bab el-Mandeb, confirmant une régionalisation du blocage.
Le vrai centre de gravité
La solidité du régime iranien ne tient pas d’abord à son armement, mais à son contrôle interne. Les Gardiens de la révolution islamique et les milices assurent la stabilité du système.
Tant que cet appareil tient, aucune pression extérieure ne peut provoquer de basculement décisif.
Deux stratégies opposées
Donald Trump illustre les limites d’une politique sans cohérence entre objectifs et moyens.
À l’inverse, Benjamin Netanyahou s’inscrit dans une logique d’usure : affaiblir l’adversaire sans chercher une résolution définitive.
Une leçon oubliée
L’histoire est pourtant claire : la force ne remplace jamais la stratégie. Lorsqu’elle s’y substitue, elle conduit à l’impasse.
